Prédire les décès dus à la grippe porcine

Dans un article publié dans le British Medical Journal, des chercheurs ont appelé à l’amélioration des données pour cartographier la propagation de la grippe porcine et à faire des estimations précises du nombre de personnes susceptibles de mourir du virus.

Points clés

Les chercheurs disent que les estimations actuelles du nombre prévu de décès peuvent être inexactes pour plusieurs raisons:

Les taux de mortalité sont surestimés car seuls les cas les plus graves sont comptés dans le nombre total de cas touchés, tandis que les cas bénins n’apparaissent pas parce qu’ils ne se présentent pas aux soins médicaux.

Les taux de mortalité sont sous-estimés parce que les décès sont attribués à d’autres causes apparemment indépendantes de la grippe porcine, ou à cause du délai entre l’apparition des symptômes et le décès (les cas considérés comme vivants au moment de l’évaluation).

Les chercheurs suggèrent plusieurs façons de minimiser ces biais:

Si les informations sur les taux d’hospitalisation provenant de cas confirmés au début de l’épidémie sont combinées avec un échantillonnage des cas hospitalisés plus tard dans l’épidémie, cela peut indiquer des taux de mortalité parmi les cas graves.

L’ajustement du nombre total de cas de grippe H1N1 pour le délai entre les symptômes et le décès ou la récupération peut minimiser la sous-estimation du taux de mortalité.

Des études impliquant l’échantillonnage de groupes de population sélectionnés et le dépistage de la grippe H1N1 sont importants pour obtenir un nombre précis de personnes présentant une infection asymptomatique ou légère.

Analyse par âge pour déterminer si la tendance d’un taux d’infection plus élevé chez les jeunes se poursuit.

Où l’article a-t-il été publié?

Cette recherche a été réalisée par le Dr Tini Garske et ses collègues du Centre d’analyse et de modélisation des épidémies du CRM, Département d’épidémiologie des maladies infectieuses, Imperial College London. L’étude a été publiée dans le British Medical Journal et soutenue par le Medical Research Council.

Que dit la recherche?

Cet article traite des méthodes utilisées pour estimer la proportion de décès causés par l’infection par le virus pandémique (H1N1) 2009, connue sous le nom de taux de létalité. Les auteurs disent que les premières données suggèrent que le nouveau virus semble être assez doux, et le taux de létalité est similaire à la grippe saisonnière (environ 0,5%). Cependant, ils disent que ce rapport semble varier considérablement entre les pays et, notamment, une population plus jeune semble être affectée par rapport à la grippe saisonnière.

Les auteurs disent que la méthode actuelle de calcul du taux de létalité pourrait aboutir à des estimations inexactes. Ils disent que ce calcul standard – en divisant le nombre de décès par le nombre total de cas – pourrait être inexact pour un certain nombre de raisons:

Le taux de mortalité est surestimé parce que les personnes avec des symptômes plus légers ou aucun symptôme ne visitent pas leur docteur. Par conséquent, seuls les cas les plus graves sont signalés et pris en compte, c’est-à-dire qu’il y a plus de cas réels que ceux confirmés, de sorte que le rapport entre les décès et les cas est inférieur aux estimations. (Ils citent le Mexique comme un exemple possible où les taux de mortalité ont été surestimés en raison d’une sous-estimation du nombre total de personnes infectées) plaies.

Le présent calcul ne tient pas compte du délai entre l’infection et le décès, c’est-à-dire que les cas vivants au moment de l’évaluation peuvent continuer à mourir, ce qui rend le taux de mortalité plus élevé que prévu.

Que le nombre de décès attribuables à la grippe porcine est sous-estimé parce que la personne est décédée d’une cause apparemment non liée, par ex. mort cardiovasculaire, alors qu’en fait cette complication peut avoir été précipitée par la grippe porcine.

Que suggèrent les chercheurs?

Une nouvelle façon de calculer le taux de létalité. Ils suggèrent que les données des premières centaines de cas confirmés au Royaume-Uni (lorsque les cas étaient plus suivis) peuvent être utilisées pour estimer le taux d’hospitalisation précoce. Cela peut être combiné avec une estimation du taux de létalité dans certains cas qui ont été admis plus tard au cours de l’épidémie.

Les chercheurs soulignent qu’il est important d’obtenir des données sur les raisons de l’hospitalisation afin d’obtenir une mesure précise de la gravité de la maladie. Des tests à grande échelle du virus sur un groupe de population donné donneraient également une meilleure indication du nombre de personnes présentant des symptômes cliniques qui sont effectivement infectés par le virus. Ils disent que de telles études doivent être mises en place parallèlement aux études sur les ménages afin d’évaluer l’étendue de l’infection asymptomatique, de sorte que les changements de modèles de virulence soient détectés rapidement.

Pour contrer le biais introduit par le délai entre l’apparition des symptômes et la mort, les chercheurs proposent soit de diviser le nombre de décès par le nombre total de cas dont le résultat était connu (décès et recouvrements), ou, de façon plus fiable, par ajuster le nombre total de cas pour le retard de l’apparition des symptômes à la mort (en utilisant l’information tirée des données existantes ou des épidémies passées).

Quelle est l’implication et l’importance de cela?

C’est une recherche opportune et importante. Estimer avec précision la gravité du virus pandémique (H1N1) 2009 est important pour planifier les mesures sanitaires et sociales les plus efficaces (telles que les fermetures d’écoles) afin de réduire le nombre de décès causés par le virus.

Les chercheurs ont mis en évidence des domaines dans lesquels les méthodes actuelles d’estimation des taux de létalité et d’hospitalisation sont susceptibles d’impliquer certaines inexactitudes. Des estimations fiables de la prévalence et du taux de létalité au niveau de la population permettront d’identifier les populations à risque et de déterminer quels groupes sont prioritaires pour la vaccination lorsqu’un vaccin sera disponible. Les méthodes proposées pour obtenir des estimations plus fiables semblent plausibles.

À ce stade précoce de l’épidémie, de nombreux cas confirmés ont été observés chez les jeunes. Il est donc important de recueillir des données par âge pour déterminer si cette tendance se poursuivra avec la propagation du virus. Comme le disent les chercheurs, des systèmes de collecte de données soigneusement mis en place comme ceux-ci seront d’une grande utilité pour améliorer les estimations du taux de létalité. Il veillera également à ce que toute modification de la virulence H1N1 soit détectée rapidement.